Date de mise à jour : 9 October 2007

Emmanuel Nunes

Compositeur portugais né le 31 août 1941 à Lisbonne

Biographie

Compositeur portugais né en 1941, Emmanuel Nunes étudie l'harmonie et le contrepoint avec Francine Benoît de 1959 à 1963 à l'Académie de Musique de Lisbonne et la philologie germanique et grecque à l'Université de cette même ville.
De 1963 à 1965, il assiste au cours d’été de Darmstadt où enseignent Henri Pousseur et Pierre Boulez. Il s’établit à Paris en 1964. À cette période, il assiste régulièrement aux cours d’analyse et de composition que donne Karlheinz Stockhausen à la Rheinische Musikhochschule de Cologne, étudie la musique électronique avec Jaap Spek et la phonétique Georg Heike et continue à suivre l’enseignement de Pousseur. L'analyse des Momente de Stockhausen, par le compositeur lui-même, est vécue par Nunes comme une étape fondamentale dans sa recherche musicale. Il prend alors conscience des enjeux que représentent les nouvelles technologies dans le rapport entre la connaissance du son et le discours musical. De la même façon, le rapport entre son, durée et discours est une préoccupation majeure du compositeur qui s’intéresse à la forme ouverte et à l’aspect « organique » de l’œuvre.

Emmanuel Nunes obtient en 1971 un Prix d’Esthétique au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il a suivi les cours de Marcel Beaufils. Boursier du Ministère de l'Éducation Nationale du Portugal en 1973-1974 et de la Fondation Gulbenkian en 1976-1977, il entreprend une thèse de musicologie à la Sorbonne sur Anton Webern. Il est invité par la DAAD de Berlin comme compositeur en résidence en 1978-1979, et obtient la Bourse de la création du Ministère français de la Culture en 1980.

À partir de 1989, Nunes travaille très régulièrement à l’Ircam. Il y trouve une technologie avancée en matière de spatialisation et de temps réel, paramètres importants de son écriture. Les œuvres Es webt (1974-1975, révisée en 1977), Tif’ereth (1978-1985), Wandlungen (1986) puis Lichtung I (1990-1991), sont les résultats d’une recherche poussée en matière de spatialisation. Il y explore tous les moyens de dissémination du son, d’encerclement de l’auditeur, par le placement des instruments et le déplacement des interprètes dans l’espace (Quodlibet, 1990-1991), jusqu’à la diffusion assistée par ordinateur.
Il utilise de manière virtuose les outils électroniques pour concrétiser une pensée musicale luxuriante, travaillant sur un contrepoint interactif entre partition instrumentale et programmation informatique.

Outre les pièces indépendantes, Nunes regroupe ses opus en deux grands cycles traversés chacun par un même matériau musical. Le lien du premier de ces cycles, comprenant un grand nombre de pièces composées de 1973 à 1977, est l’utilisation d’une anagramme composé de quatre notes. L’élément persistant du deuxième cycle intitulé La création, commencé en 1977 avec Nachtmusik et s’achevant avec , est ce que Nunes nomme « paire rythmique », qui s’applique au phrasé rythmique, à la métrique, aux intervalles et à la spatialisation.

Emmanuel Nunes mène aussi une très importante activité pédagogique : chargé de cours à l’université de Pau dès 1976, il enseigne ensuite à l'université de Harvard, au Darmstädter Ferienkurse für Neue Musik à Damrstadt (Allemangne), et à l'ICONS de Novara (Italie). Il est nommé en 1981, directeur des séminaires de composition à la Fondation Gulbenkian, à Lisbonne, puis à la Musikhochschule de Fribourg-en-Brisgau de 1986 à 1992. Il est, jusqu’en 2006, professeur de composition au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

Le président de la république portugaise le nomme en 1991 « Comendador da Ordem de Santiago da Espeda » ; il obtient un prix de l’UNESCO, le prix Pessoa et est nommé Docteur Honoris Causa de l’université de Paris VIII.
Plusieurs de ses oeuvres ont fait l'objet d'une commande de la Fondation Gulbenkian, de Radio-France, du Ministère français de la Culture, et ont été jouées lors d'importants Festivals internationaux et retransmises par les grandes Radios européennes. © Ircam - Centre Pompidou, 2007.

Sources
  • éditions Jobert.
  • Peter SZENDY (textes réunis par), Emmanuel Nunes, Paris, L’Harmattan / Ircam - Centre Pompidou, coll. « Compositeurs d’aujourd’hui » , 1998.
  • Alain BIOTEAU, "Lichtung I et II" dans le Cd : Lichtung I, Lichtung II, Ensemble Intercontemporain, dir. Jonathan Nott, 2003 Ensemble Intercontemporain, Ircam-Centre Pompidou, Universal Classics France, CD 472 964-2.
  • Adriana LATINO, Nunes, Emmanuel, Encyclopédie Grove, Oxford University Press.

© Ircam - Centre Pompidou, 2007

Parcours de l'œuvre

Par Laurent Feneyrou

Modèles

Entre Boulez et Stockhausen, entre la rigueur de l’harmonie et la quête du son dans ses composantes acoustiques et son déploiement spatial, Emmanuel Nunes revendique une conception de l’œuvre d’art en tant qu’organisme vivant. S’il suivit, à Darmstadt, les séminaires de Pousseur sur les techniques électroniques, avant de se rendre auprès de Stockhausen à Cologne, Nunes situe les fondements de son art dans l’étude de Bach, des trois musiciens de la seconde école de Vienne, et de l’ouvrage théorique de Boulez Penser la musique aujourd’hui.

Sur l’Invention en fa mineur de Bach, Nunes compose The Blending Season et Rubato, registres et résonances, dont le titre résume les modulations affectant l’original : le rubato comme élément d’interprétation et métamorphose des proportions rythmiques ; les registres, souvent discontinus, que Beethoven dota d’une ...

lire le parcours

Œuvres

Œuvres par effectif type

Œuvres par date

Ressources documentaires

Bibliographie

Livres

  • Peter SZENDY (sous la dir. de), Emmanuel Nunes, Paris, Festival d’automne à Paris, 1992.
  • Éric DAUBRESSE, « Éléments d’analyse technique : Lichtung (1992) d’Emmanuel Nunes », Cahiers d’analyse création et technologie – documentation musicale, Paris, Ircam – Centre Georges Pompidou, 1992.
  • Peter SZENDY (sous la dir. de), Emmanuel Nunes, Paris, L’Harmattan / Ircam – Centre Georges Pompidou, 1998.
  • Hélène BOREL, Alain BIOTEAU, Éric DAUBRESSE, Emmanuel Nunes, compositeur portugais (XXe siècle), Paris, Centre culturel Calouste Gulbenkian, 2001.

Extraits d’ouvrages collectifs ou articles de pérodiques

  • Emmanuel NUNES, « Grund » (texte partiel), dans Grund, Minnesang, Pierre-Yves Artaud, flûte (I), Groupe Vocal de France (II), Michel Tranchant, dir. (II), CD Adda, 1990, n° 581 110, pp. 4-10.
  • Emmanuel NUNES, « Notations-souvenirs-fragments », dans Karlheinz Stockhausen, Paris / Genève, Festival d’automne à Paris / Contrechamps, 1988, pp. 16-17.
  • Emmanuel NUNES, « L’alchimie des lectures obliques », dans Répons, Lisbonne, Fondation Calouste Gulbenkian, 1990, pp. 31-37.
  • Emmanuel NUNES, « Temps et spatialité », Les Cahiers de l’Ircam, Volume 5, 1994, pp. 121-141.
  • Emmanuel NUNES, « Un espace de temps », dans Nähe und Distanz. Nachgedachte Musik der Gegenwart (Wolfgang Gratze, sous la dir. de), Hofheim, Wolke, 1997, pp. 113-153.
  • Emmanuel NUNES, « Préalables à une lecture “musicale” de Husserl », Filigrane, Volume 1, 2005, pp. 181-199.
  • Peter SZENDY, « Réécrire : Quodlibet d’Emmanuel Nunes », Genesis, Jean-Michel Place / Ircam – Centre Georges Pompidou, Volume 4, 1993, pp. 111-133.

Thèses et mémoires

  • Peter SZENDY : Avant-texte, textes, contextes. À partir du Quodlibet d’Emmanuel Nunes, Thèse de doctorat en musicologie (Hugues Dufourt, dir.), Ircam / EHESS, 1995.
  • Alain BIOTEAU : Intégration de l’espace dans les processus compositionnels d’Emmanuel Nunes. Le cas de Lichtung I, Mémoire de musicologie, Ircam / EHESS, 1997.
  • Alain BIOTEAU : Intégration de l’espace dans l’œuvre d’Emmanuel Nunes et contexte historique, Thèse de doctorat en musicologie (Alain Poirier, dir.), CNSMDP / EHESS, 2006.

Discographie

  • Emmanuel NUNES, La main noire, Improvisation II - Portrait, Versus III, Christophe Desjardins, 1 Cd æon, 2007, AECD0756.
  • Emmanuel NUNES, Lichtung I, Lichtung II, Ensemble Intercontemporain, Jonathan Nott, dir., Technique Ircam, CD Accord, 2003, n° 472 964-2.
  • Emmanuel NUNES, Wandlungen, Ensemble Modern der Jugen Deutschen Philharmonie, Ernest Bour, dir., Experimentalstudio der Heinrich-Strobel-Stiftung des Südwestfunks, Freiburg, CD col legno, 1998, n° WWE 20025.
  • Emmanuel NUNES, Quodlibet, Ensemble Modern, Orchestre Gulbenkian, Kasper de Roo et Emilio Pomárico, dir., CD Auvidis / Montaigne, 1995, n° MO 782055.
  • Emmanuel NUNES, Machina mundi, Pierre-Yves Artaud, flûte, Ernesto Molinari, clarinette, Gérard Buquet, tuba, Claire Talibart, percussion, Chœur et Orchestre Gulbenkian, Fabrice Bollon, dir., CD Auvidis / Montaigne, 1994, n° MO 782020.
  • Emmanuel NUNES, Degrés, Nachtmusik, Ensemble Contrechamps, Mark Foster, dir. (II), CD Accord, 1994, n° 204392.
  • Emmanuel NUNES, Musik der Frühe, Esquisses, Ensemble Intercontemporain (I), Peter Eötvös, dir. (I), Quatuor Arditti (II), CD Erato, 1990, n° ECD 75551.
  • Emmanuel NUNES, Grund, Minnesang, Pierre-Yves Artaud, flûte (I), Groupe Vocal de France (II), Michel Tranchant, dir. (II), CD Adda, 1990, n° 581 110.
  • Emmanuel NUNES, Litanies du feu et de la mer, Alice Ader, piano, CD Adda, 1989, n° 581 095.