mise à jour le 29 October 2007
© Patricia Dietzi/Durand

Betsy Jolas

Compositrice française née le 5 août 1926 à Paris.

Née à Paris en 1926, fille de la traductrice Maria McDonald et du poète et journaliste Eugène Jolas, Betsy Jolas s'établit aux États-Unis avec sa famille en 1940. Là-bas, elle étudie l'harmonie et le contrepoint avec Paul Boepple, l'orgue avec Carl Weinrich et le piano avec Hélène Schnabel. Elle obtient le diplôme du Bennington College tout en poursuivant des activités de pianiste, choriste et organiste pour les concerts des Dessoff Choirs. Elle revient à Paris en 1946 pour compléter ses études avec Darius Milhaud, Simone Plé-Caussade et Olivier Messiaen au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. De 1971 à 1974, elle remplace ce dernier, avant d'être nommée titulaire des classes d'analyse en 1975 et de composition en 1978. Elle enseigne également dans les universités américaines de Yale, Harvard, Berkeley, USC, San Diego, ainsi qu'à la chaire Darius Milhaud du Mills College.

Toute l’œuvre de Betsy Jolas, même purement instrumentale, est marquée par la vocalité et l’aspect déclamatif, comme en témoignent des pièces sans voix qu’elle appelle pourtant « opéras » : D’un opéra de voyage (1967) ; D’un opéra de poupée en sept musiques (1982) ; ou encore, Frauenleben (1982), neuf lieder écrits pour alto et orchestre. De la même façon, dans sa recherche sur le timbre vocal, elle va du Sprechgesang à l’usage de la voix comme instrument. Le chant sans paroles vient naturellement prendre la place du premier violon dans le Quatuor n° 2 (1964), qui marque un sommet important dans sa carrière. Dans cet esprit, nourri de son admiration pour les contrapuntistes de la renaissance, elle donne aux instruments le rôle des chanteurs dans ses nombreuses transcriptions de Lassus ou Josquin. Trois grandes œuvres scéniques jalonnent sa carrière : Le Pavillon au bord de la Rivière (1975), Le Cyclope (1986), pièces entre théâtre musical et opéra, faisant appel à des chanteurs-comédiens et Schliemann, opéra en trois actes (1982-1993).

Tout en côtoyant l’univers effervescent de l’avant-garde de la génération d’après guerre — certaines de ses œuvres sont créées au Domaine musical —, Betsy Jolas reste une figure indépendante. Dans une époque où, comme elle l'affirme elle-même (Preuves, n° 178, décembre 1965), « il fallait voter sériel ou s’abstenir », elle résiste à l’emprise du sérialisme qui touche toute une génération de compositeurs. Betsy Jolas refuse la rupture et, dans son enseignement comme dans son œuvre, défend une conception de l’histoire comme évolution stylistique continue : les appuis issus de la tradition fondent l’acte d’invention. Jolas rend hommage à ses compositeurs de prédilection, Lassus, Monteverdi, Debussy, particulièrement honoré dans Tales of the summer sea (1977), ainsi que Schumann, source explicite de Frauenleben.

  • Lauréate du Concours international de direction d’orchestre de Besançon, 1953
  • prix de la Fondation Copley de Chicago, 1954
  • prix de l’ORTF, 1961
  • prix de l’American Academy of Arts, 1973
  • Grand prix national de la musique, 1974
  • Grand prix de la ville de Paris, 1981
  • Grand prix de la Sacem, 1982
  • Commandeur des Arts et des Lettres, 1985
  • Prix international Maurice Ravel et « personnalité de l’année » pour la France, 1992
  • Prix Sacem de la meilleure création de l’année pour Frauenleben, 1994
  • membre de l’Académie américaine des arts et sciences en 1995
  • Chevalier de la Légion d'honneur, 1997

© Ircam-Centre Pompidou, 2007

Sources

  • Site de Betsy Jolas (voir ressources documentaires) ;
  • Xavier Hascher, Editions Billaudot.

 

Bibliographie

  • Alban RAMAUT, « Schliemann de Betsy Jolas : l'opéra comme genre », dans Composer un opéra aujourd'hui, actes de la journée d'étude du 13 mai 2003, sous la direction de Béatrice Ramaut-Chevassus, Saint-Etienne, publications de l'Université de Saint-Etienne, coll. « Centre Interdisciplinaire d'Études et de Recherches sur l'Expression Contemporaine (CIEREC) », 2003, p. 47-67.
  • Betsy JOLAS, D'un opéra de voyage, entretiens avec Bruno Serrou, Paris, Cig'art, 2001.
  • Betsy JOLAS, Alban RAMAUT, Molto Espressivo, textes rassemblés, présentés et annotés par Alban Ramaut, Paris, L'Harmattan, coll. « L'Itinéraire », 1999.
  • Dr James R BRISCOE, Contemporary Anthology of Music by women, 1997, Indiana University Press, Music/Songbooks, p. 60-96.
  • Betsy JOLAS, « Il fallait voter sériel … » dans Preuves, n° 178, décembre 1965 [repris, comme ses autres articles dans Molto espressivo, cf ci-dessus.]
  • Betsy JOLAS, Interview by Guy Livingston, in Paris Transatlantic Magazine, December, 2nd 1993, http://www.paristransatlantic.com/magazine/interviews/jolas.html (lien vérifié en septembre 2013).

Discographie

  • Betsy JOLAS, Quatuor VI "avec clarinette" ; Motet IV "Ventosum Vocant" ; Lovemusic ; Trio "Les Heures", ensemble Accroche Note, 2006 - Accord - Universal.
  • Betsy JOLAS, Episodes I & II, dans « Oeuvres françaises du XXe siècle », Juliette Hurel, flûte, 1999, Conservatoire de Paris / Cité de la Musique, CREC-audio 99/006.
  • Betsy JOLAS, Stances ; B For Sonata ; J.D.E. ; Points D'Aube, Claude Helffer, Jacques Prat, Serge Collot, Claude Maisonneuve, Nouvel Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Marius Constant, Ensemble Ars Nova, direction : Gilbert Amy, mars 1997, 1 cd Adès 205762.
  • Betsy JOLAS, O Wall, dans « Répertoires Polychromes 1 », 1Cd MFA - Radio France, 1998, 216021/22.
  • Betsy JOLAS, Fusain, dans « Récital » Pierre-Yves Artaud, flûte, collection 2e2m, 1995, 2e2m, 1 cd 1004, dist. Concord.
  • Betsy JOLAS, Episode Quatrième dans : Claude Delangle « The Solitary Saxophone », 1 cd Grammofon AB BIS, 1994, BIS-CD-640, Djursholm (Suède).
  • Betsy JOLAS, Études Aperçues, Thierry Miroglio, percussion, 1 cd Salabert / MFA, 1992, SCD9411, dist. Harmonia Mundi.
  • Betsy JOLAS, Musique de Jour, dans « L'Orgue Contemporain 1 », Bernard Foccroule, orgue, avec des œuvres de Berio, Amy, Darasse, Boesmans, 1 cd Ricercare, 1990, RIC 072051.
  • Betsy JOLAS, Quatuor II, Mady Mesplé, Trio à Cordes Français, avec des œuvres de Jean-Pierre Guezec, André Boucourechliev et Charles Chaynes, 1 cd EMI, 1989, CDC7 49904 2.

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