updated 6 October 2020
© Claude Samuel

Michael Jarrell

Compositeur suisse né le 8 octobre 1958 à Genève.

Michael Jarrell étudie d’abord les arts visuels, parrallèlement à la musique. Ayant décidé de se consacrer à la composition, il entre dans la classe d’Eric Gaudibert au Conservatoire de Genève et suit divers stages de composition (notamment Tanglewood en 1979). Il se forme ensuite à la Staatliche Hochschule für Musik de Freiburg im Brisgau auprès de Klaus Huber. Entre 1986 et 1988, il séjourne à la Cité des Arts à Paris et participe au stage d’informatique musicale de l’Ircam. Il est ensuite pensionnaire à la Villa Médicis à Rome en 1988-1989, puis membre de l’Institut Suisse de Rome en 1989-1990. D’octobre 1991 à juin 1993, il est compositeur résident à l’Orchestre de Lyon, puis en 1996 au festival de Lucerne. Le festival Musica Nova Helsinki lui est dédié en mars 2000. En 2001, le festival de Salzbourg lui passe commande d’un concerto pour piano et orchestre intitulé Abschied. Après avoir enseigné à la Hochschule für Musik de Vienne, il est nommé professeur de composition en 2004 à la Haute école de musique de Genève.

L’œuvre de Jarrell est marquée par l’art de Giacometti et Varèse qui retravaillaient sans cesse la même idée. Le compositeur utilise des motifs récurrents qui se développent comme autant de ramifications à travers  ses œuvres, comme le suggère certains titres, exemplairement Rhizomes (1993). Le lien de l’écriture avec la pensée visuelle demeure : ses Assonances sont présentées comme un cahier d’esquisses, dont la première pour clarinette solo date de 1983 et dont le cycle continue jusqu’à aujourd’hui avec Assonance IVb pour cor (2009), Staub - Assonance IIIb pour sept musiciens et vidéo (2009). Congruences (1989), sa première grande pièce avec électronique, s’inspire des notions géométriques de plan, de perspective, d’anamorphose et de figure, projetées dans une forme temporelle. Quoique s’inscrivant dans la descendance du sérialisme pour ce qui concerne l’élaboration discrète du matériau, l’esprit de développement et la construction formelle multi-dimensionnelle, la musique de Michael Jarrell se caractérise par une certaine transparence de texture, une pensée originale des notions de figuration et de polarité harmonique, à l’intérieur d’une conception formelle d’essence discursive et dramatique.

Deux œuvres dramatiques importantes marquent d’ailleurs sa carrière : l’opéra Cassandre (1994) intègre l’univers électronique au monde de l’orchestre traditionnel et Galilei, d’après La Vie de Galilée de Brecht, commande du Grand Théâtre de Genève, créé en janvier 2006. Une nouvelle œuvre de théâtre musical, Le père, sur une nouvelle de Heiner Müller, voit le jour en juin 2010 au festival de Schwetzingen (Allemagne). En 2018, son opéra Bérénice d’après Jean Racine est créé à l’Opéra national de Paris.

L’œuvre de Michael Jarrell est couronnée de nombreux prix ; le prix Acanthes en 1983, Marescotti en 1986, le Beethovenpreis de la Ville de Bonn pour Trei II en 1986, le prix Gaudeamus et Henriette Renié pour Instantanés en 1988, le Siemens-Förderungspreis en 1990, le Prix Musique de la Ville de Vienne en 2010. Michael Jarrell est nommé Chevalier des Arts et des Lettres en 2001.


© Ircam-Centre Pompidou, 2018

Sources

  • Laurent FENEYROU, livret de Michael JARRELL : « Chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits » - Rhizomes - Assonance IV - Congruences, Ensemble Intercontemporain, P. Eötvös, dir., 1 CD Accord, 2000, 465 309-2.
  • Danielle COHEN-LEVINAS, entretien avec Michael Jarrell et « Le même et le différent, les contraintes de l’artisanat » dans Michael Jarrell, Paris, Ircam - Centre Pompidou, coll. « Les cahiers de l’Ircam, Compositeurs d’aujourd’hui », 1992.
  • Éditions Lemoine.

Liens Internet

Conférences de Michael Jarrell à l’Ircam

(liens vérifiés en octobre 2020).

Bibliographie

  • Philippe ALBÈRA, « Portrait du compositeur en artiste de son temps » in Galilée [de] Michael Jarrell : opéra en douze scènes. Livret du compositeur d’après La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, saison 2005-2006 : Grand Théâtre de Genève, Genève, Grand théâtre de Genève, 2005, p. 26-32.
  • Jean-Pierre AMANN, « Michael Jarrell », in Jean-Pierre Amann (ed.), Musique pour une fin de siècle, vingt entretiens avec des compositeurs suisses, Yverdon-les-Bains, Revue Musicale de Suisse Romande, 1994, p. 96-101.
  • Jacques AMBLARD, « Michael Jarrell et Pascal Dusapin. L’orfèvre et le vitaliste », Musica Falsa, n° 7, février-mars 1999, p. 45-46.
  • Francis COURTOT et Michael JARRELL : voir Nicolas Vérin.
  • Michael JARRELL, « L’orchestration comme art de mentir (à propos des Trois Etudes de Debussy) » in Peter Szendy (ed.), Arrangements, dérangements. La transcription musicale aujourd’hui, Paris, Ircam-L’Harmattan, 2000, pp. 105-116.
  • Antoine PECQUEUR, « Michael Jarrell », Revue musicale de Suisse Romande, vol. 55, n° 4, décembre 2002, pp. 26-29.
  • Antonin SERVIÈRE, « Processus de composition et artisanat : l’exemple de Trei II (1983) de Michael Jarrell », dans Dissonance, n° 120, 2012, p. 36-51.
  • Christoph STEINER, « Eines blauflimmernd bestimmten sich errinernd : Michael Jarrells Assonance V » [« Un certain frémissement bleu : Assonance V de Michael Jarrell »], Dissonanz / Dissonance, n° 57, août 1998, pp. 26-33.
  • Christoph STEINER, « Michael Jarrell », Komponisten der Gegenwart: Loseblatt-Lexikon—Nachlieferung n° XXIII, Munich, text + kritik, 2002, 34 p.
  • Peter SZENDY, « De Trei à Rhizomes. Manuscrits inédits présentés par [Peter Szendy] », Genesis. Manuscrits – recherche – invention, n° 4, 1993, pp. 159-187.
  • Nicolas VÉRIN, « Eléments d’analyse technique : Congruences (1989) de Michaël Jarrell », suivi de Francis Courtot et Michael Jarrell, « L’utilisation de la CAO dans Congruences », Paris, Ircam, série Cahier d’analyse création et technologie Documentation musicale, 1990.
  • Les Cahiers de l’Ircam, sérieCompositeurs d’aujourd’hui, n° 1, 1992. (Cette monographie comprend des textes de Danielle Cohen-Lévinas, Peter Szendy, Nicolas Vérin, ainsi qu’un entretien avec Jarrell et un catalogue.)

Discographie

  • Michael JARRELL, Aus Bebung ; Assonance III ; … mais les images restent … ; … Es Bleibt eine zitternde Bebung … (Nachlese III), Ernesto Molinari, clarinette ; Thomas Demenga, violoncelle ; Marino Formenti, piano ; WDR Sinfonieorchester ; Peter Rundel, direction, 1 Aeon, 2017, AE1754.
  • Michael JARRELL, Assonance VI, Quasars Ensemble ; Ivan Buffa, direction, dans « Contemporary Reflections », 1 cd Hevhetia, 2011, HV0045-2-331.
  • Michael JARRELL, Cassandre, Astrid Bas : comédienne, Ensemble intercontemporain, direction : Susanna Mälkki, 1 Cd Kairos, coll. « Sirènes », mai 2009, n° 0012912KAI.
  • Michael JARRELL, … un temps de silence …, Orchestre Philharmonique de Radio France ; Emmanuel Pahud, direction, dans « Flute Concerto », 1 cd EMI, 2008, 5012262.
  • Michael JARRELL, …Prisme / Incidences …, comprenant aussi Sillages, Trois Études de Debussy et Abschied, Orchestre de la Suisse Romande, direction Pascal Rophé, 1 Cd æon, 2007, AECD0752.
  • Michael JARRELL, Eco (Assonance III - Eco IIb - Aus Bebung - Trei II - Essaims-cribles), Ensemble Accroche Note, Jean-Philippe Wurtz, dir. 1CD Accord, 2005.
  • Michael JARRELL, Music for a While (Music for a While - Formes-Fragments IIb - …car le pensé et l’être sont une même chose - Essaims-Cribles), Ensemble Klangforum Wien, Neue vocalsolisten Struttgart, Ernesto Molinari, clarinette basse, Emilio Pomárico, dir., 1 CD aeon, 2005, AECD 0531.
  • Michael JARRELL, Solos (…some leaves II… - Offrande - Assonance - Assonance VII - Prismes), Christophe Desjardins (alto), Frédérique Cambreling (harpe), Florent Jodelet (percussions), Dong-Suk Kang (violon), Paul Meyer (clarinette), 1 CD æon, 2001, AECD 0101.
  • Michael JARRELL, «Chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits» - Rhizomes - Assonance IV - Congruences, Ensemble Intercontemporain, P. Eötvös, dir., 1 Cd Ircam - Accord, Universal, 2000, 465 309-2.
  • Michael JARRELL, Trei II - Modifications - Eco - Trace-Ecart, Ensemble Contrechamps, Giorgio Bernasconi, dir. 1CD Accord, 1995, 461 764-2.