mise à jour le 31 January 2011

Luigi Dallapiccola

Compositeur italien né le 3 février 1904 à Pisino, Istrie, mort le 19 février 1975 à Florence.

Né en 1904 de parents italiens à Pisino, ville d'Istrie sous contrôle de l'empire austro-hongrois à cette époque (aujourd'hui Pazin en Croatie), Luigi Dallapiccola commence très jeune le piano dans sa ville natale, puis l'écriture dès l'âge de dix ans. Ce n'est pourtant qu'après la guerre, à Trieste, qu'il pourra poursuivre ses études de piano et d'harmonie avec Antonio Illersberg, qui lui transmet son enthousiasme pour la musique ancienne italienne, en particulier Monteverdi, dont Dallapiccola adaptera pour la  scène moderne, en 1941-1942, l'opéra Il ritorno d'Ulisse in Patria. En effet, pendant la première guerre, sa famille suspectée d'irrédentisme, sera comme de nombreuses autres déplacée et cantonnée à Graz durant deux années. Là, l'audition des opéras de Mozart et de Wagner sera, selon le compositeur, et à l'égal des œuvres lyriques de Puccini sur lesquelles il écrira plus tard plusieurs articles, déterminante dans son choix de devenir musicien. En 1921, il découvre tour à tour le Traité d'harmonie de Schoenberg et la musique de Debussy : deux événements qui le décident à partir à Florence poursuivre son apprentissage du piano et surtout de la composition avec Roberto Casiraghi puis Vito Frazzi. En 1924, il est très impressionné par sa première audition du Pierrot lunaire dirigé par Schoenberg lui-même qu'il rencontre à cette occasion. Il attendra 1949 pour adresser directement un hommage à Schoenberg en lui dédicaçant ses Tre poemi, mais l'influence de la seconde École de Vienne marquera progressivement son travail de compositeur au cours des années trente.

Durant ces années, Dallapiccola poursuit une carrière de pianiste et d'enseignant, parallèlement à l'écriture de ses premières œuvres. Il donne des récitals dans différentes villes d'Europe en compagnie du violoniste Sandro Materassi avec lequel il devient un fervent défenseur de la musique nouvelle et pour qui il écrira les Tartiniana (en 1951 et 1956). À partir de 1931, il enseigne le piano à Florence où il sera aussi, à partir de 1940, professeur de composition. Il y formera de nombreux compositeurs parmi lesquels Luciano Berio. Il sera plus tard nommé « Accademico » di Santa Cecilia à Rome. Ses voyages, qu'il tente de poursuivre pendant les premières années de la guerre, lui permettent de rencontrer Berg, Webern, Milhaud, Poulenc et au delà des cercles musicaux, Antoine de Saint-Exupéry qui accepte l'utilisation de son roman Vol de nuit pour le livret de sa première œuvre scénique Volo di Notte, créé en 1939 dans une atmosphère de confusion générale.

Malgré ses contacts, la position singulière qu'occupe Dallapiccola dans le XXème siècle s'explique néanmoins par un relatif isolement sur le plan esthétique : ni la vie musicale italienne, dominée par le néoclassicisme, ni les circonstances politiques en Allemagne ne favorisent alors la diffusion et la connaissance théorique des œuvres atonales. Aussi l'attrait qu'exerce sur lui le dodécaphonisme, à travers les œuvres d'Alban Berg et surtout d'Anton Webern dont il entend le Konzert opus 24 en 1935 à Prague, le conduit à une exploration très personnelle des potentialités de la technique des douze sons, sans que son style ne connaisse de rupture radicale. La fréquentation de la littérature moderne (Proust, Joyce) nourrit également, selon les dires du compositeur lui-même, sa réflexion sur l'évolution de la musique. Les derniers des « néo-madrigaux » Cori di Michelangelo Buonarroti il giovane (1933-1936) et les Tre Laudi (1937) témoignent des premiers essais sériels. La période d'« imprégnation progressive » s'approfondit avec les Canti di prigionia (1938-1941) au sein desquels le vocabulaire nouveau s’intègre à un univers fortement diatonique, où la suggestion tonale reste très présente, quand, parallèlement, les principes de l’écriture polyphonique sérielle s’affinent – canons complexes, contrepoints stratifiés. Le lyrisme et le dramatisme de ces textes de condamnés donnent à l'œuvre une force immédiate, une expressivité poignante ; ils témoignent d'un appel profondément humaniste à l’heure même où le gouvernement fasciste, pour lequel Dallapiccola marqua quelques sympathies à ses débuts, engage irrémédiablement l’Italie dans un processus de rapprochement avec l’Allemagne nazie. Les Liriche greche (1942-1945) seront la première œuvre entièrement dodécaphonique, alors que le ballet Marsia (1942-1943), composé à la même période, relève d'un pur style diatonique. Né pendant la guerre, Il Prigioniero (1944-1948), opéra court qui renvoie à Erwartung de Schoenberg, témoigne finalement de manière solenelle de la détresse humaine face aux atrocités de la guerre. Il est écrit pour grand orchestre, chœurs, orgue, cuivres et un carillon placé en coulisse, et utilise de plus des haut-parleurs pour donner au son toute sa puissance.

Après la guerre, Dallapiccola cultivera un style plus dépouillé, parfois austère, souvent transparent, qui rompt avec le caractère passionné et profondément lyrique de ses œuvres antérieures. A partir de Quaderno musicale di Annalibera jusqu'à Commiato (1972), sa dernière œuvre, ses pièces sont strictement sérielles, marquées par le style webernien autant que par les écrits esthétiques de Ferruccio Busoni – dont Dallapiccola assure une nouvelle édition en 1954 – à l'image des Cinque canti (1956) ou de son dernier grand opéra d'après Homère, Ulisse (1959-1968).

Il participe au périodique Florentin Il mondo et s'engage pour la réhabilitation des compositeurs italiens à l'étranger, notamment à travers leur réadmission à l'ISMC. Avec la reprise des échanges artistiques internationaux, ses œuvres commencent à être jouées à l'étranger. Mexico lui offre son premier concert monographique. En 1951, Koussevitzky invite le compositeur à donner des cours à Tanglewood, ce qui augure d'une reconnaissance américaine importante : Due liriche di Anacreonte, puis Il Prigioniero sont représentés à New York ; Dallapiccola rencontre Varèse à plusieurs reprises, enseigne la composition plusieurs semestres au Queens College de New-york à partir de 1956. En 1953 sont créés les Goethe-Lieder et Dallapiccola est nommé à la Bayerische Akademie der Schönen Künste de Munich.

Le compositeur meurt à Florence en 1975, après avoir rassemblé ses conférences et écrits dans l'ouvrage Appunti, incontri, meditazioni.


© Ircam-Centre Pompidou, 2009

Sources

  • John C. G. Waterhouse, Virgilio Bernardoni, « Luigi Dallapiccola » Grove Music Online, Oxford University Press 2007-2009.
  • éditions Suvini Zerboni.
  • Pierre Michel, Luigi Dallapiccola, édition Contrechamps, Genève, 1996.

Par Laurent Feneyrou

L’anecdote est fameuse : sous les yeux de Luigi Dallapiccola qui n’est encore qu’un jeune pianiste, élève du Conservatoire de Florence où il étudie aussi écriture et composition, Giacomo Puccini écoute le 1er avril 1924, dans la Sala Bianca du Palazzo Pitti, le Pierrot lunaire, sous la direction d’Arnold Schoenberg. À l’issue du concert, « les deux compositeurs s’entretinrent une dizaine de minutes dans un angle du foyer ; nul ne sait ce qu’ils se dirent, mais ils donnèrent l’impression de se parler à cœur ouvert. C’était encore l’époque où deux artistes aux personnalités et aux conceptions aussi différentes pouvaient trouver un terrain d’entente dans la passion commune qu’ils vouaient à leur art 1 ». Un dualisme s’esquisse déjà chez Dallapiccola : la tradition italienne du mélodrame, celle de Giuseppe Verdi surtout, dont il perçoit en 1930 la modernité musicale et théâtrale de Simon Boccanegra – il écrira aussi sur Falstaff, Rigoletto, Un bal masqué… –, s’enrichit d’une ouverture aux déclinaisons, cosmopolites, de l’art de son temps : Ferruccio Busoni, qu’il ne rencontra jamais ni n’entendit en concert, mais qui partageait avec lui un double héritage italien et germanique, et dont il louera l’absence de sentimentalisme, la « solidité granitique de la construction » et les intuitions dramaturgiques du Doktor Faust ; Maurice Ravel, dont l’enchantent l’équilibre, le sens de la mesure et l’habileté à tirer d’une cellule tout un monde sonore, notamment dans L’Enfant et les Sortilèges, où Ravel serait devenu non plus narrateur, mais acteur de l’âme enfantine ; et l’école de Vienne, sur laquelle nous reviendrons – mais l’on pourrait citer aussi Gustav Mahler, Richard Strauss, Claude Debussy (« Qu’aurait été notre jeunesse sans Debussy ? », s’interroge-t-il), et jusqu’à Edgard Varèse, jadis élève de Busoni, qu’il fréquentera à partir de 1951. Dallapiccola a ainsi été à la confluence de toutes ces modernités.

En outre, alors que le vérisme s’estompe peu à peu à la mort de Puccini, et qu’émerge la génération de 1880 qui dominera la scène italienne dans les années trente, la date de notre anecdote doit encore être commentée. Car dès 1925, la promulgation des lois de la dictature fasciste divise le monde musical. À la suite du sinistre manifeste contre les « claironnements atonaux », publié le 17 décembre 1932 dans Il popolo d’Italia, Il corriere della sera et La stampa, et notamment signé par Ildebrando Pizzetti, Ottorino Respighi et Riccardo Zandonai, le Syndicat des musiciens fascistes condamne en 1937 l’expressionnisme, la musique objective, les « divagations cérébrales » de la modernité et les conséquences de l’atonalité, « analogues à celles du bolchevisme ». C’est dire que Dallapiccola est, comme Bernd Alois Zimmermann en Allemagne, d’une génération née trop tôt, trop tard : trop tôt, pour les avant-gardes d’un État démocratique ; trop tard, pour avoir assimilé pleinement, et librement, et en son temps, les acquis du dodécaphonisme. Tardive en effet, contemporaine des guerres d’Éthiopie et d’Espagne, la réaction de Dallapiccola contre le fascisme, qui menaça jusqu’à l’existence de sa famille, repose sur une reconsidération du son ouvrant la voie à la singularité des sérialismes italiens de l’après-guerre, dont la combinatoire s’avérera indissociable d’une société précisément reconstruite sur les valeurs de l’antifascisme. Volo di Notte (1937-1938), « un acte » d’après Antoine de Saint-Exupéry, dont le thème aurait pu ne pas exclure quelque ambiguïté, refuse à l’aviateur le statut de héros, contrairement à la rhétorique fasciste et nazie de l’époque. L’aviation, la modernité technique, était en effet sur le point de se transformer en un instrument d’extermination. De l’héroïsme civil à l’héroïsme guerrier, le pas était court qui n’est ici jamais franchi. Les actes du protagoniste réalisent et engagent bien plutôt l’humanité, quand l’exaltation d’un individualisme volontariste se trouve contredite par une action que la musique engage dans une dimension idéale de sérénité contenue et d’amour de la clarté.

Dans l’article « Sur le chemin du sérialisme » (1950), écrit bien après son adoption du dodécaphonisme, Dallapiccola évoque sa découverte de l’atonalisme, « trop tôt venu », et de la série, qu’il avait lui-même utilisée dès les années 1930 pour ses effets de couleur et à des fins mélodiques. Il était déjà revenu sur sa découverte des œuvres d’Anton Webern, le 5 septembre 1935, à Prague (Concerto op. 24), puis le 17 juin 1938, à Londres (Das Augenlicht, Op. 26). Son journal en fait état, louant leur brièveté, leur singulière concentration « exprimant le maximum d’idées avec le minimum de mots », le fléchissement de leur discours dans ces silences qui terrorisaient autrefois la plupart des traités, leur unité stylistique et esthétique, leur inscription dans la tradition, leur morale et leur manifeste attention au son – catégorie ambiguë, mais déterminante, désignant à la fois le timbre et la réalité sonore de la structure. Tout y est invention. Un tel sérialisme suggère des « différenciations très variées 2 ». Avant la lecture des ouvrages théoriques d’Ernst Křenek, de René Leibowitz et de Josef Rufer 3, Dallapiccola confirma son orientation sérielle à travers les assonances littéraires de l’Ulysse de James Joyce, comme à travers l’invitation à la mémoire et la lente caractérisation rythmique et mélodique des personnages d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. « Ainsi je commençais à comprendre qu’en musique, une même succession de sons peut assumer diverses significations, à condition d’être articulée de façon différente 4 ». Ce sérialisme est-il langage ou technique ? Dallapiccola introduit un troisième terme : ce serait un « état d’âme », une disposition, une Stimmung en somme, qui « sera peut-être un jour aussi satisfaisante que la seconda prattica, adoptée par Monteverdi il y a maintenant plus de trois siècles ». Car le bouleversement acoustique induit par une telle logique serait aussi un développement, « naturel », résultant de la désagrégation de l’univers tonal et de l’émancipation de la dissonance, une méthode, « la plus complète » et, pour Dallapiccola, la seule assurant l’articulation, la transformation ou la variation, et un moyen de réaliser l’unité du discours, même si « nul artifice technique n’a jamais garanti quoi que ce soit en art, et l’unité de l’œuvre sera, de même que la mélodie, le rythme, l’harmonie, un fait intérieur ».

Récusant tout système, Dallapiccola nie un principe essentiel, sinon fondateur, du dodécaphonisme, l’égalité des sons, qu’il situe au point précis où ils se font entendre et reconduit à leur dynamique, leur durée et leur timbre, selon qu’ils tombent sur un temps fort ou faible, dans un mouvement rapide ou lent… Si la tonique a disparu, si l’octave est interdite entre les voix extrêmes ou sur les temps forts (non nécessairement ailleurs), et si l’attraction cadentielle classique se trouve désormais exclue, entraînant le dépassement de la forme-sonate mozartienne, une force subsiste néanmoins, la polarité, des intervalles privilégiés, ou « l’établissement de relations extrêmement subtiles entre certains sons – relations qui ne sont pas toujours facilement perceptibles, car bien moins évidentes que les relations dominante-tonique ». Or, cette polarité change au cours de l’œuvre et à chacune des œuvres, exigeant une capacité d’invention sans cesse renouvelée. Chez Dallapiccola, l’introduction et l’adoption progressive des douze sons, procédant principalement de leurs applications dans le domaine de la mélodie (au sens busonien du terme 5), n’excluent aucunement les résurgences ou les tropes tonaux, modaux et diatoniques. Dans le cinquième des Sei cori di Michelangelo Buonarroti il giovane (1932-1936), pour chœur avec ou sans instruments, Dallapiccola, lecteur du Traité d’harmonie de Schoenberg, qu’il avait étudié en 1922, et notamment du chapitre sur les accords de quarte, remplace les quartes impaires par des quintes diminuées : « À ma grande stupéfaction, je me rendis compte qu’on obtenait le total chromatique ». L’élément mélodico-sériel, descendant, est le suivant : fa si fa# do sol réb lab ré la mib sib. Dans la première des Tre Laudi (1936-1937), pour voix et orchestre de chambre, apparaissent une suite de douze sons et sa rétrogradation, que reprend Volo di Notte, où Dallapiccola introduit l’inversion et l’inversion rétrograde. Dans les Canti di Prigionia (1938-1941), pour chœur et instruments, la série est divisée, selon le modèle webernien, en trois groupes presque identiques de quatre sons (tierce mineure, quinte diminuée, neuvième majeure ou septième majeure) : mi sol sib fa# / la do mib si / ré fa lab réb. Mais au cours des années 1940, l’harmonie sérielle inclut des accords parfaits, majeurs ou mineurs. Ainsi, les Cinque Frammenti di Saffo (1942), pour voix et quinze instruments, présentent des accords de do majeur et de mib mineur (do mi sol / mib solb sib / do# la si / ré fa sol#). De même, la série « Liberté » de l’opéra Il Prigioniero (1943-1948) enchaîne trois accords de quatre sons aux contours diatoniques : la si ré fa / sol sib do mib / fa# sol# do# mi. Dallapiccola utilise parfois plusieurs séries dans une même œuvre, comme dans le dernier des Canti di Prigionia incluant par ailleurs une citation du Dies irae, comme dans les Cinque Frammenti di Saffo, où chaque partie comporte une ou deux séries distinctes, et comme dans Il Prigioniero, qui repose sur trois séries. Mais Dallapiccola restreint peu à peu le matériau et pratique des séries dérivées, sur le modèle de la Lulu d’Alban Berg, transformant la série initiale en omettant six sons.

Série principale : fa (solb sib do do# mi sol) mib (la si ré sol# / fa solb) sib…
Série dérivée : fa mib sib si do# sol# sol fa# la do ré mi

Il apparaît donc que les séries de Dallapiccola équilibrent les intervalles consonants et dissonants. C’est une constante du sérialisme italien, qu’accentueront Maderna et Nono, dans les années 1940, en se basant sur l’étude de l’Unterweisung im Tonsatz de Paul Hindemith.

Au cours des années 1950, Dallapiccola mène d’intenses recherches sur les propriétés du dodécaphonisme. Rejetant alors accords parfaits, majeurs et mineurs, et fausses relations d’octave, suivant les recommandations de René Leibowitz, il adopte des séries symétriques et des constellations d’intervalles communs, déduites de Webern, dont le Concerto op. 24 résonne dans les structures du Quaderno musicale di Annalibera (1952), pour piano, même si la série originale (la# si mib solb lab ré réb fa sol do la mi), incluant tous les intervalles, suit davantage l’exemple de la Suite lyrique de Berg. Dallapiccola la divise en quatre entités mélodiques et y inclut le motif BACH, par l’harmonie, ainsi qu’une ligne chromatique descendante. La symétrie concerne encore, dans les Cinque canti (1956), pour baryton et huit instruments, les deux hexacordes de la série : solb fa si ré do lab / do# la sol sib mi mib, le second étant l’inversion rétrograde du premier. Dans le dernier opéra Ulisse (1960-1968), la réduction opère entre trois séries. La série de base, « Mer I », réb do ré mib la lab / fa mi sol fa# la# si, donne naissance à la série « Mer II », constituée du premier hexacorde précédent et de l’inversion rétrograde transposée, réb do ré mib la lab / si sib mi fa sol fa#, et à la série « Mer III », constituée de la rétrogradation et de l’inversion transposée : sol# la mib ré do do# / fa# sol fa mi la# si, déclinant le modèle webernien de la Symphonie op. 21, dont le second hexacorde correspond à la rétrogradation du premier. De tels principes symétriques affectent certes l’écriture sérielle, mais aussi la forme : des arches articulent les Canti di liberazione (1951-1955), pour chœur et orchestre, les Goethe-Lieder (1953), pour mezzo-soprano et trois clarinettes, Requiescant (1957-1958), pour chœur mixte et orchestre, et surtout la dramaturgie d’Ulisse, tout entière dans le sillage du retour homérique. C’est sans doute la raison pour laquelle l’acmé de l’œuvre, bien plus que son commencement, est toujours à sa source, comme Dallapiccola le confie au psychologue Julius Bahle. Dans Ulisse, le sommet de la voûte est « Le royaume des Cimmériens », scène qui n’a d’autre parallèle qu’elle-même.

À Webern encore, Dallapiccola avait déjà emprunté l’écriture canonique, qui ne serait pas une forme, mais découlerait du principe de la polyphonie. En héritent, parmi bien d’autres exemples, le troisième des Canti di Prigionia (1938-1941), où le chœur entonne un double canon, tandis que les instruments déploient une structure canonique autour d’un miroir central, le Quaderno musicale di Annalibera, dont le Contrapunctus secundus, cinquième mouvement, est un canon par mouvement contraire, et surtout les Sex Carmina Alcaei (1943), pour voix et ensemble. Cette œuvre, dédiée à la mémoire de Webern, au-delà de l’acte de dévotion et d’hommage à l’ami, exprime « l’admiration et la dette à l’égard de l’enseignement du maître et du compositeur nouveau parmi les nouveaux », et démontre, par ses polyphonies, le « trésor 6 » que Dallapiccola a rendu au message du Viennois. Les poèmes de la Grèce antique, dans la traduction de Salvatore Quasimodo, publiée en 1940, qui n’oblitérait en rien d’arides recherches métriques et lexicales, acquièrent une dimension politique, sans répit pour la vulgarité et la barbarie nazies : « C’étaient les années où l’Europe, cernée de barbelés, se réduisait toujours plus rapidement à un amas de ruines : l’équilibre souverain qui émane des poèmes grecs contribua, du moins dans certaines périodes, à m’apporter du réconfort face aux déséquilibres incessants qui conditionnaient notre vie, à me permettre de supporter les événements tragiques et peut-être à établir un contraste nécessaire avec l’atmosphère de l’opéra Il Prigioniero, auquel je travaillais alors 7 ». La structure de l’œuvre est la suivante :

  • I. Expositio
  • II. Canon perpetuus
  • III. Canones diversi
  • IV. Canon contrario motu
  • V. Canon duplex contrario motu
  • VI. Conclusio
Le dodécaphonisme de Dallapiccola, le plus sévère dans ces Sex Carmina Alcaei, dénote une nature contrapuntique qui inciterait le compositeur « à construire sa musique avec un sens architectural développé, conférant à ses dernières œuvres une organicité et une logique qui trouvent sa résolution dans la vision dodécaphonique » (Nono). Dès lors, au cours des années 1950, une découpe interne, rigoureuse, de la série, le plus souvent de deux à six sons, tend à la variation sui generis de celle-ci. Un exemple : dans les Canti di liberazione, Dallapiccola utilise une seule cellule mélodique, constituée des sons 7, 8 et 9 de la série, mais en des formes simultanées qui en dévoilent l’archipel de ses possibles. Cette série obéit à une logique que souligne volontiers l’instrumentation, laquelle dessine les articulations du contrepoint. Le timbre devient alors un élément structurant de l’écriture canonique. Il en est ainsi dans les Cinque canti, dont l’écriture à huit parties, divisées en deux, suit l’ancien principe du canon de proportions. Le caractère évidemment canonique à l’écoute des Sex Carmina Alcaei le cède à un canon sériel, plus abstrait, et aux configurations rythmiques de plus en plus élaborées.

Au terme de ce bref examen des formes sérielles et de leur devenir canonique, on ne saurait introduire à l’œuvre de Dallapiccola sans évoquer son humanisme. Critique de toute mystification, sa recherche continuelle de nouveaux modes d’expression visait l’approfondissement du rapport de l’homme à ses semblables et la nécessité de délivrer un message, fût-il difficile, voire utopique. Trois domaines y participent, qui ne s’excluent pas.

1. Le domaine hellénique – nous l’avons esquissé. Sans même évoquer l’Ulisse, opus magnum, « résultat de toute ma vie », selon Dallapiccola, citons cette autre œuvre : les Cinque canti reposent sur un fragment du philosophe pythagoricien Ion de Chio, sur le lyrisme d’un auteur anonyme et celui de Licymnios de Chio, sur le vocabulaire dorien et les légendes laconiennes des chants d’Alcman, sur des vers enfin d’Ibycos de Rhégium, que les Anciens considéraient comme un poète de l’amour inspiré par le monde de la nature. Mais les textes mis en musique n’expriment aucun académisme, aucun hermétisme, aucune affectation philologique, aucune nostalgie d’une origine absconse. L’humanisme de Dallapiccola, fils d’un professeur de lettres classiques, élevé dans l’esprit de l’irrédentisme, dernier surgeon du Risorgimento italien, c’est-à-dire « dans l’esprit des opposants », y exalte la lutte de l’homme contre une force qui le dépasse. Le choix de l’Antiquité mise en musique, éminemment politique, ne s’autorise d’aucun divertissement, d’aucun sursis face à la situation tragique.

2. Le domaine religieux. On citera, à l’évidence, Job (1950), oratorio, « représentation sacrée » sur un texte du compositeur, d’après la Bible, mais aussi d’autres sources chrétiennes : saint Augustin dans les Canti di liberazione, saint Matthieu dans Requiescant, la Première Épître aux Corinthiens de saint Paul dans Parole di San Paolo (1964), l’Ecclésiaste de Tempus Destruendi - Tempus Aedificandi (1970-1971)… Croyant, Dallapiccola refusa néanmoins à la religion ce qui pouvait s’apparenter à une répression ou à une domination sur nos existences. La foi, la charité, l’espérance, dans Il Prigioniero, œuvre aux accents dostoïevskiens du Grand Inquisiteur, mais aussi le mystère, la souffrance rédemptrice, le doute, la nuit obscure, la prière témoignent spirituellement des inquiétudes du temps présent.

3. Le domaine du politique, ou plutôt la force de l’indignation. Si la création musicale est engagement et conquête éthique, Canti di Prigionia et Il Prigioniero dénoncent toutes les intolérances et les privations de liberté : condamnation individuelle ou collective, à l’âge de l’Inquisition espagnole, de l’oppression de l’Istrie par la maison de Habsbourg, des lois raciales de l’Italie fasciste et de la tragédie d’alors : l’extermination de masse dans l’Allemagne hitlérienne… Cachots, prisons, camps en appellent à la fraternité (« fratello », chante maintes fois l’opéra, sur une cellule de trois sons que reprendront Luigi Nono et Luciano Berio) et à la liberté, dernier mot du Prigioniero, fût-ce sous la forme d’une interrogation. Alors, comme l’écrit Giacomo Manzoni de Dallapiccola : « La valeur de son œuvre et de sa présence consiste surtout dans le fait que même dans les moments les plus tragiques de la récente histoire de l’humanité, il a conservé sa foi en un idéal haut et noble de l’homme, il a cru dans la possibilité d’en retrouver, à travers l’art, la voix la plus vraie. »


  1. Luigi Dallapiccola, « Sur le chemin du dodécaphonisme » (1950), Paroles et Musique, Paris, Minerve, 1992, p. 196-197. Voir Luigi Dallapiccola, « Di un aspetto della musica contemporanea » (1936), Parole e musica, Milan, Il saggiatore, 1980, p. 207-224, article non repris dans l’édition française.
  2. Luigi Dallapiccola, « Rencontre avec Anton Webern » (14 juin 1938, à la création de Das Augenlicht), Paroles et Musique, op. cit., p. 130. Dallapiccola rencontrera Webern le 9 mars 1942, à Vienne.
  3. Voir Ernst Křenek, Über neue Musik, Vienne, Verlag der Ringbuchhandlung, 1937 ; René Leibowitz, Schoenberg et son école, Paris, Janin, 1947 ; et Josef Rufer, Teoria della composizione dodecafonica, (traduction de Laura Dallapiccola, l’épouse du compositeur qui collabora à la traduction de la terminologie technique), Milan, Il saggiatore, 1962 (Die Komposition mit zwölf Tönen, Berlin / Wunsiedel, Max Hesse, 1952).
  4. Voir Luigi Dallapiccola, « Sur le chemin du dodécaphonisme », op. cit., p. 196-208.
  5. « Une série (1) d’intervalles répétés (2) montants, descendants, articulés et animés (3) rythmiquement, qui renferme (4) une harmonie latente, qui décrit (5) un état d’âme, qui peut exister et existe indépendamment du texte en tant (6) qu’expression, et indépendamment de l’accompagnement en tant que (7) forme ; et dont l’essence n’est en rien modifiée par la (8) tonalité ou (9) l’instrument choisi pour l’exécution ». Luigi Dallapiccola, « Témoignage sur le dodécaphonisme » (1952), Paroles et Musique, op. cit., p. 212, citant Ferruccio Busoni, « Appunti » (1922), Lo sguardo lieto, Milan, Il saggiatore, 1977, p. 131.
  6. Luigi Nono, « Luigi Dallapiccola et les Sex carmina Alcaei » (vers 1948), Écrits, Genève, Contrechamps, 2007, p. 29. Voir les lettres de Webern à Dallapiccola (3 juin 1942 et 15 avril 1944) (Luigi Dallapiccola. Saggi, testimonianze, carteggio, biografia e bibliografia, Milan, Suvini Zerboni, 1975, p. 66-69), dans lesquelles, malgré leurs divergences stylistiques, Webern souligne leur « chemin commun » (« einen gemeisamen Weg ») et remercie Dallapiccola de la dédicace des Sex carmina Alcaei : « Comme elle m’enorgueillit ! Mais surtout elle me console et me rassure : comme nous avons besoin aujourd’hui d’une telle chaleur et d’une telle amitié ! »
  7. Luigi Dallapiccola, « Liriche greche » (CBS Epic BC 1088, décembre 1968), repris dans Luigi Dallapiccola. Saggi, testimonianze, carteggio, biografia e bibliografia , op. cit., p. 122-123.

Sources

© Ircam-Centre Pompidou, 2011

Bibliographie

  • In ricordo di Luigi Dallapiccola, ouvrage collectif, Milan, Suvini Zerboni, 1975.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Appunti, Incontri, Meditazioni, Suvini Zerboni, Milan, 1970.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Paroles et Musique [recueil d'articles], Minerve, coll. « Musique ouverte », Paris, 1992.
  • Raymond FEARN, Selected letters of Luigi Dallapiccola, Ashgate, à paraître (décembre 2009).
  • Raymond FEARN, The music of Luigi Dallapiccola, University of Rochester Press, coll. « Eastman Studies in Music », 2005.
  • Dietrich KÄMPER, Gefangenschaft und Freiheit - Leben und Werk des Komponisten Luigi Dallapiccola, Cologne, Gitarre + Laute Verlag, 1984.
  • Pierre MICHEL, Luigi Dallapiccola, éditions Contrechamps, Genève, 1996.
  • Fiamma NICOLODI, Saggi, testimonianze, cartegggio, biografia e bibliografia, ed. Suvini Zerboni, Milan.
  • Sandro PERROTTI, Ira Da Ira - analisi della musica strumentale di Dallapiccola, Guerini e Associati, Milan, 1988.
  • Romano PEZZATI, La memoria di Ulisse, studi sull'Ulisse di Luigi Dallapiccola, ed. Suvini Zerboni, Milan.
  • Arigo QUATTROCCHI (a cura di), Studi su Luigi Dallapiccola - Un Seminario, Libreria Musicale Italiana, Lucca, 1993.
  • Rudy SHACKELFOR (sous la dir. de), Dallapiccola on Opera, - Selected writtings, vol. 1, Toccata Press, Londres, 1987.
  • Massimo VENUTI, Il teatro  di Dallapiccola, Suvini Zerboni, Milan, 1985.
  • Roman VLAD, Luigi Dallapiccola, Suvini Zerboni, Milan, 1957 [versions italienne et anglaise].
  • Bruno ZANOLINI, Luigi Dallapiccola - La conquista di un linguaggio (1928-1941), Padoue, 1974.

Discographie

  • Luigi DALLAPICCOLA, Intégrales des œuvres pour piano, Raffaele Mani : piano, Paul Phillips : direction, 1 Cd Meta Records, 2009.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Due liriche di Saffo, dans « La voce contemporanea in Italia, vol. 1 », avec des œuvres d'Azio Corghi, Domenico Guaccero, Luigi Nono, Goffredo Petrassi, Giacinto Scelsi, Riccardo Piacentini ; Tiziana Scandalleti : soprano, Riccardo Piacentini : piano, 1 Cd Stradivarius, 2008.
  • Luigi DALLAPICCOLA, « A portrait » : Sonatina canonica ; Quaderno musicale di Annalibera ; Quattro liriche di Antonio Machado ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Goethe-Lieder ; Tre episodi dal Balletto Marsia, David Wilde : piano, Susan Hamilton : soprano, Robert Irvine : violoncelle, Nicola Stonehouse : mezzo-soprano, 1 Cd Delphian Records, 2007.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Karl Amadeus HARTMANN, Wolfgang von SCHWEINITZ, Lieder, Barainsky, Erdmann, Soffel, Enschel, Bauni, Reimann, 1 Cd Orfeo, 2007.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana ; Due pezzi ; Piccola Musica Notturna ; Fragments symphoniques du ballet Marsia ; Variations pour orchestre, James Ehnes : violon, BBC Philharmonic, direction : Gianandrea Noseda, 1 Cd Chandos Records, 2006.
  • Luigi DALLAPICCOLA, intégrale de l'œuvre pour violon et piano, Roberto Prosseda : piano, Duccio Ceccanti : violon, 1 Cd Naxos, 2006.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana seconda ; Parole di San Paolo,  avec les œuvres de Goffredo Petrassi, ensemble Dissonanzen, Claudio Lugo : direction, Cristina Zavalloni : mezzo-soprano, 1 Cd Mode, 2006.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Ulisse, Paul Guigue, Claudio Desderi, Louis Hagen-William, Nicole Robin, Gwynn Cornell, William Workman, Schuyler Hamilton, Nicole Oxombre, Colette Herzog, Marjorie Wright, Denise Boitard, Jean-Pierre Chevalier, Stan Unruh, Christopher Wells Orchestre philharmonique de Radio-France, direction : Ernest Bour, 2 Cds Naïve, 2003.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Il prigioniero, Augusto Pedroni, Giampaolo Corradi, Mario Jr. Basiola, chœur et orchestre du théâtre La Fenice de Venise, direction : Ettore Gracis, 2 Cds Disques dom, 1999.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana seconda ; Due studi ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Quaderno musicale di Annalibera, Rodolfo Bonucci : violon, Arturo Bonucci : violoncelle, Bruno Canino : piano, 1 Cd Stradivarius, 1997.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tre liriche greche ; Tre poemi ; Due liriche di Antonio Machado ; Sicut umbra ; Commiato, Natalia  Zagorinskaïa, Luisa Castellani, Magali Schwartz, Ensemble Contrechamps, Giorgio Bernasconi : direction, 1 Cd Stradivarius, 1996.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Il prigioniero ; Canti di Prigionia, Phyllis Bryn-Julson, Jorma Hynninen, Swedish Radio Choir, Eric Ericson Chamber Choir, Swedich Radio Symphony Orchestra, Esa-Pekka Salonen : direction, 1 Cd Sony Classical, 1995, n° SK 68323.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Liriche greche ; Canti di Prigionia ; Sei cori di Michelangelo Buonarroti il Giovane (1 et 2) ; Tempus destruendi, tempus aedificandi, Ensemble intercontemporain, direction : Hans Zender, New London Chamber Choir, direction : James Wood, Julie Moffat : mezzo-soprano, 1 Cd Erato, 1995, n° 4509-98509-2.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Canti di Prigionia ; Sei cori di Michelangelo Buonarroti il Giovane (1 et 2) ; Inni (Musica per tre pianoforti) ; Estate, chœur contemporain d'Aix en Provence, Percussions de Strasbourg, Robert Hayrabedian : direction, 1 Cd Accord, 1995, n° 242052.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Three Questions with Two Answers, Bruno MADERNA, Aura, BBC Symphony Orchestra, Zoltán Peskó, direction, 1 Cd Fonit Cetra, 1994, n° CDC 85, CD00031501.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Ulisse, Erik Saeden, Annabelle Bernard, Helut Melchert, Hildegard Hillebrecht, Victor von Halem, Jean Madeira, José ven Dam, Catherine Gayer, Lorenz Driscoll, choru et orchestre du Deutsche Oper de Berlin, Lorin Maazel : direction, 2 Cds Stradivarius, 1992, n° STR 10063.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Tartiniana seconda ; Due studi ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Parole di San Paolo, Sandro Materassi : violon, Pietro Scarpini : piano, Amedeo Baldovino : violoncelle, Magda László : mezzo-soprano, Zoltán Peskó : direction, 1 Cd CGD/ESZ, 1989, n° 84002.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Il prigioniero, Liliana Poli, Eberhard Wächter, Gerard english, Werner Krenn, Christian Bösch, chœur et orchestre de la radio autrichienne, Carl Melles : direction, 1 Cd CGD/ESZ n° 84002, 1989.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Liriche greche ; Divertimento in quattro esercizi ; Piccola musica notturna, Jane Manning : soprano, Australia ensemble, Graham Hair : direction, 1 Cd Entracte, 1988, n° ESCD 6504.
  • Luigi DALLAPICCOLA, Piccolo concerto per Muriel Couvreux ; Liriche greche ; Tratiniana Seconda, Dallapiccola ensemble, Luigi Suvini : direction, Bruno Canino : piano, Anita Morrison : soprano, Marco Rizzi : violon, 1 Cd Nuova Era, 1992, n° 7109.
  • Luigi DALLAPICCOLA, I. Il prigioniero  ; II. Cinque canti ; III. Preghiere, H. Pilarczyk, E. Wächter, H. Krebs, chœur et orchestre symphonique du Bayerischen Rundfunk, direction Hermann Scherchen (I), Mario Basiola : baryton, orchestre du théâtre La Fenice, direction Hermann Scherchen (II ; III), 1 Cd Stradivarius, coll. 
  • Luigi DALLAPICCOLA, Divertimento in quattro esercizi ; Ciaccona, Intermezzo e Adagio ; Due studi ; Piccola musica notturna ; Quadero musicale di Annalibera ; Rencesvals, Ensemble Recherche, Sarah Leonard, Tawako Sato-Schöllhorn, 1 Cd Accord n° 202 882.